Spiritualité

Rencontres méditerranéennes de Marseille 09 2323

Le MIAMSI (Mouvement International d’Apostolat des Milieux Sociaux Indépendants) va fêter son 60e anniversaire à Marseille les 16-17 septembre, notamment avec des partenaires du Liban et de Syrie, peu avant la rencontre méditerranéenne du 17 au 24 septembre 2023 organisée par l’Eglise catholique. Entretien avec le père Patrice Chocholski, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée, pour préciser les enjeux de cette dernière.

En quoi va consister cette rencontre ?

Assemblée des évêques de la Méditerranée, session des jeunes, festival et venue du pape François le 23 septembre au stade Vélodrome, tels sont les ingrédients de ces 3e rencontres méditerranéennes, cette année à Marseille[1] : « Une soixantaine de jeunes du pourtour méditerranéen vont rencontrer une soixantaine d’évêques des cinq rives. Pendant trois jours, il s’instaurera donc un dialogue très original au service des relations entre les peuples concernés » précise le Père Chocholski. La rencontre des coordinateurs de territoire et l’anniversaire du MIAMSI bénéficieront donc de ce dynamisme, puisque le rassemblement méditerranéen commence par des expos/inaugurations dès le 16 septembre.

Dans quelle dynamique se situe ce rassemblement ?

Pour le Père Chocholski, il faut situer ces rencontres dans les grandes étapes d’une dynamique enclenchée par le Pape François depuis plusieurs années : « Une vision d’Evangile mettant l’accent sur l’accueil, l’écoute, le dialogue et la miséricorde. La dynamique part de François à Naples en 2019, à Bari en 2020 (dialogue des évêques et des théologiens) et Florence (avec les maires de Méditerranée) en 2022 ». En effet, en 2019, le pape avait proposé une théologie dite « dans le contexte méditerranéen », basée sur l’accueil, l’écoute et la miséricorde. Pour lui, la Méditerranée représente un lieu privilégié du dialogue interculturel et interreligieux. Surtout, un dialogue sincère est selon lui « la condition de possibilité » de la théologie et même de toute action. La théologie de la Méditerranée, qui peut être un modèle pour tous, est basée sur la volonté d’ouvrir un dialogue universel, notamment « avec les institutions sociales et civiles, avec les centres universitaires et de recherche, avec les responsables religieux et avec toutes les femmes et les hommes de bonne volonté » précisait alors le pape. Des représentants des grandes religions et des confessions chrétiennes, ainsi que de la société civile et politique, seront donc présents en septembre à Marseille.

Quels en sont les enjeux ?

A l’initiative de la Conférence épiscopale italienne, ce processus de communion entre les diocèses riverains de la Méditerranée avait été engagé à Bari en 2020, alors que le dialogue politique euro-mediterranéen avait besoin d’un nouveau souffle. Ce processus s’est aussi inscrit dans l’esprit des voyages méditerranéens du Pape François qui, de Lampedusa (2013) à Marseille (2023), en passant par Tirana, Sarajevo, Lesbos, Le Caire, Jérusalem, Chypre, Rabat, Naples, Malte, etc. s’est engagé à faire de cette mer, la « mare nostrum », un message d’espérance pour tous alors que des migrants continuent d’y mourir.

En Méditerranée se rejoignent en effet trois continents. C’est sur ses cinq rives (Afrique du Nord, Proche-Orient, Mer Noire et Mer Egée, Balkans, Europe latine) que sont nées les trois grandes religions monothéistes. Se sont développés bien des échanges mais aussi des conflits récurrents. Seule une volonté de dialogue et de paix peut les désamorcer : « L’annonce part nécessairement de l’écoute profonde et du dialogue. Une synodalité qui apprend à rendre compte de la position de l’autre, sans pour autant la partager » constate ainsi le Père Chocholski

Quels sont les défis pour les mouvements et services d’Église à la suite de ce rassemblement ?

Pour le Père Chocholski, les défis sont vastes : « L’accueil des plus pauvres, le souci pour les migrants, le défi environnemental et le dialogue des religions ». Forte de trente ans de savoirs académiques acquis à travers l’Institut de science et théologie des religions, l’Institut catholique de la Méditerranée fonctionne depuis plus vingt ans. L’Église marseillaise veut continuer ce chemin, dans lequel l’ACI pourrait s’engager résolument avec d’autres,

Déjà, en Suisse, en 2017, Pierre-Yves Fux, ambassadeur suisse près le Saint-Siège, avait évoqué la nécessité de renforcer toutes les possibilités de liens autour de la Méditerranée, notamment grâce à la figure tutélaire de saint Augustin, à la fois « latin » et « africain » mais surtout « universel »[2].

Or, les enjeux climatiques, migratoires et géostratégiques vont s’accélérer dans  les décennies à venir, s’invitant à la table des sommets politiques. Or leurs succès n’ont pas été légion dans la région, depuis le processus politique initié à Barcelone en 1995 : « Dialogue euro-méditerranéen », « Union pour la Méditerranée », « Sommet des deux rives », rencontre informelle en Corse organisée par le président de la République française, aucune de ces organisations ou initiatives n’a abouti à de vraies politiques ambitieuses. Il faut donc aller vers une meilleure prise en compte des acteurs civils dans ces sociétés méditerranéennes en quête de changements profonds. Modestement, le MIAMSI peut y jouer sa partition.

 J.-F. PETIT aa

[1] https://rencontres-med23.org/programme/

[2] P.-Y. FUX, «Le devenir du dialogue euro-méditeranéen »  dans J.-F. PETIT, O. RODUIT (dir.), Actualité de la spiritualité augustinienne, Salvator, 2018, p. 227-238